NON Mme BONNIVARD, VOUS VOUS TROMPEZ DE PRIORITE !
13 ans après le décret qui déclarait d’utilité publique (DUP) et urgent les travaux d’accès français au tunnel de base du Lyon-Turin, dont la validité expire le 23 août 2028, SNCF Réseau a démarré seulement en fin d’année 2025 les études détaillées du projet. Une course de vitesse s’impose à elle pour éviter une procédure incertaine de prorogation de la DUP qui pourrait faire l’objet de recours de la part des opposants au projet.
Quoiqu’il en soit, le problème du financement de ces travaux estimé à 12 milliards d’€ reste entier. Alors que l’ex- ministre des Transports, Monsieur Clément Beaune, annonçait en juin 2023 vouloir débloquer par l’Etat français 3 milliards € soit 25 %, sollicitant la Région pour un montant équivalent de 25 % (l’UE apportant les 50% restants). Ce plan de financement n’est toujours pas défini à ce jour. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient. C’est un gros caillou dans la chaussure tant les finances de l’Etat Français sont exsangues.
Ainsi, c’est sagement que le COI (Conseil d’Orientation des Infrastructures) face aux budgets colossaux mobilisés pour cette nouvelle ligne, recommande depuis des années de prioriser la modernisation de la ligne Dijon-Modane, pour un coût sans commune mesure de 400/600 millions d’€ tenant compte des projets d’augmentation de desserte voyageurs dont le projet SERM (Service Express Régional Métropolitain de l’agglomération Aix-Chambéry-Montmélian), et de la réduction des nuisances pour les riverains.
Plus globalement, le COI fait écho aux demandes de financement pressantes de la SNCF pour l’entretien des lignes existantes devenu une priorité nationale.
Mme Bonnivard, en bonne lobbyiste du Lyon-Turin, ignore les analyses de la Haute Administration française (Cour des Comptes, Direction du trésor, Conseil Général des Ponts et Chaussées) qui mettent en cause la pertinence socio-économiques du projet. Elle reprend sans filtre les éléments de langage des promoteurs du Lyon-Turin sur l’obsolescence de la ligne existante Dijon-Modane.
Ainsi prétend-elle que la capacité de la ligne existante ne serait que de 7/8 millions de T/an alors que les documents officiels du dossier d’enquête publique de 2012 concernant les accès au tunnel de base font état de 14,7 millions de T/an, soit le double, ce qui permettrait de sortir de la route l’équivalent du chargement de 800 000 à 900 000 camions (il en est passé en 2025 : 1 450 000 aux passages des tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus, soit le niveau de trafic de la fin des années 1990).
Non Madame Bonnivard, vous vous trompez de priorité ! Plus que jamais le débat s’impose.
La priorité, c’est de mettre rapidement le fret sur la ligne existante Dijon-Modane. C’est la seule alternative dans la décennie à venir pour éviter la thrombose du trafic routier dans la vallée de la Maurienne et la VRU de Chambéry pendant les périodes de fermeture du tunnel du Mont-Blanc. C’est cette priorité qui devrait mobiliser les élus de tous bords pour exiger la réouverture et le développement de l’AFA (Autoroute-Ferroviaire-Alpine).
C’est aussi une urgence de santé public pour la population Mauriennaise et une urgence pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.
Les habitants de la Haute Maurienne ont aussi besoin que les élus se mobilisent pour obtenir toutes les garanties afin de pérenniser la gare de Modane et la ligne existante. On peut douter qu’il existe une volonté politique pour ce faire en cas de nouvelle catastrophe géologique endommageant la ligne, surtout si elle devait être transférée à TELT avec la mise en service du tunnel de base. Pourtant l’éboulement de La Praz d’août 2023 qui a causé son interruption pendant près de 20 mois a démontré son importance vitale pour la haute vallée.
Quant aux ambitions du Lyon-Turin en termes de transition écologique que vous évoquez, elles ne sont pas démontrées. La Cour des Comptes de l’Union Européenne analysait en 2020 qu’il faudrait entre 25 et 50 ans après la mise en service du tunnel de base pour compenser les émissions de CO² dues à sa construction, délai incompatible avec l’urgence climatique, la fuite en avant de la construction des accès aggraverait encore ce bilan carbone, alors que le transfert modal sur la ligne existante réduit immédiatement les émissions de C0².
Vivre et Agir en Maurienne
La Maurienne du 19 février 2026
