L’avis de l’État : cinq réserves majeures et une sérieuse liste de rappels à l’ordre environnemental.
L’État émet un avis favorable sur le projet de PLUi-H, assorti de cinq réserves à lever avant son approbation. Une approbation de principe, donc, mais qui ne doit pas masquer les nombreuses contradictions d’un document censé concilier développement territorial, préservation des ressources et transition écologique.
- Consommer moins d’espace, mais continuer à étendre
Le projet prévoit environ 33 hectares de consommation d’espace sur quinze ans, soit une baisse notable par rapport à la décennie précédente. Une ambition louable, sauf que le nouveau SCoT de mars 2026 révèle un dépassement d’environ six hectares par rapport à l’enveloppe allouée. Plusieurs extensions urbaines restent par ailleurs insuffisamment justifiées, malgré des logements vacants et des possibilités de densification.
L’État demande notamment de revoir ou de supprimer certaines zones constructibles à Villargondran, Albiez-Montrond, Saint-Sorlin-d’Arves et ailleurs. Des secteurs artificialisent des prés de fauche à fort enjeu agricole, parfois pour des densités modestes de 11 à 20 logements par hectare.
Moralité : on annonce la sobriété foncière, puis on négocie avec le terrain pour voir combien d’hectares peuvent encore disparaître.
- L’eau potable et l’assainissement : construire d’abord, vérifier ensuite ?
Le constat est autrement plus préoccupant : déficits de ressources en période d’étiage à Albiez-Montrond et Jarrier, dépendance d’Albiez-le-Jeune à une alimentation de secours, qualité bactériologique insuffisante de plusieurs réseaux et onze captages encore dépourvus de protection.
Côté assainissement, les capacités des stations ne sont pas suffisamment documentées au regard des besoins futurs. Plusieurs installations sont non conformes, notamment à La Tour-en-Maurienne, Albiez-Montrond et dans le secteur de Saint-Sorlin-d’Arves/Saint-Jean-d’Arves.
L’État demande donc de conditionner, voire de limiter, l’urbanisation dans les secteurs concernés.
Le principe semble pourtant élémentaire : une commune ne peut durablement accueillir davantage d’habitants et de touristes si elle ne peut garantir leur approvisionnement en eau ni traiter correctement leurs effluents.
- Les domaines skiables : des règles étonnamment extensibles
Les zonages dédiés aux domaines skiables débordent largement des périmètres réglementairement définis, tandis que les règles applicables restent particulièrement permissives. Elles ne permettent pas de garantir suffisamment la maîtrise des aménagements ni la protection des activités agricoles et pastorales.
L’État demande de distinguer clairement les domaines existants des extensions et projets nouveaux, et de renforcer les prescriptions.
Parallèlement, 2 400 lits touristiques supplémentaires sont envisagés alors que le territoire compte déjà 55 000 lits, dont 41 % de lits froids, et que 5 400 lits marchands pourraient disparaître d’ici 2040. Au Corbier, le projet de 600 lits au Clos menace au moins un hectare de terres agricoles, potentiellement 2,42 hectares.
La justification par la compensation de lits touristiques perdus ne constitue pas, à elle seule, une démonstration de l’intérêt environnemental du projet. Quant aux limites réglementaires des domaines skiables, elles semblent surtout avoir vocation à ne pas trop limiter leur développement.
- Les carrières : une activité bien réelle, mais cartographiquement discrète
Plusieurs carrières autorisées sont absentes ou insuffisamment représentées dans les documents graphiques. Certaines exploitent même des surfaces supérieures à celles figurant au zonage. La compatibilité avec le Schéma régional des carrières doit être clarifiée, et les besoins en stockage de matériaux inertes restent à évaluer.
Difficile, dans ces conditions, de prétendre maîtriser les impacts sur les sols, les paysages et les milieux naturels lorsque les emprises concernées ne sont pas correctement identifiées.
L’extraction des matériaux est manifestement indispensable au développement ; sa traduction cartographique, elle, paraît facultative.
- Agriculture et biodiversité : des protections encore trop théoriques
Le diagnostic recense 13 414 hectares de surfaces agricoles, contre seulement 9 396 hectares classés en zone agricole. L’État demande de mettre ces données en cohérence et de clarifier la vocation des espaces concernés.
Il relève également que les règles encadrant les aménagements des domaines skiables et les activités de loisirs ne garantissent pas suffisamment la protection des exploitations existantes. Les possibilités d’affouillement et d’exhaussement sont trop permissives. Les mesures environnementales annoncées ne sont pas systématiquement traduites dans les prescriptions opposables, et les compensations écologiques font défaut, même lorsque les enjeux sont forts.
L’agriculture est donc reconnue comme un enjeu territorial, à condition, semble-t-il, qu’elle ne contrarie ni l’urbanisation, ni le tourisme, ni les aménagements de loisirs.
CONCLUSION.
L’avis de l’État ne remet pas en cause l’ensemble du projet, mais révèle un décalage persistant entre les ambitions environnementales affichées et les moyens réglementaires réellement mobilisés.
Artificialisation excessive, ressources en eau fragilisées, assainissement insuffisamment documenté, domaines skiables trop imprécisément encadrés, carrières imparfaitement recensées et protection agricole incomplète : les problèmes ne sont ni marginaux ni indépendants les uns des autres.
Le véritable enjeu n’est pas de proclamer la transition écologique tout en aménageant le territoire comme auparavant. Il est de démontrer que chaque extension est nécessaire, chaque ressource disponible, chaque impact maîtrisé et chaque protection effectivement opposable. Sans cela, la sobriété environnementale restera essentiellement déclarative.
